vendredi 18 janvier 2008

Les trois principautés de Transylvanie, Valachie et Moldavie sous la coupe des grandes puissances


Depuis le XIIIe, et pendant 9 siècles, la Transylvanie est marquée par le rayonnement des saxons, à l’origine de l’essor des villes de Sighişoara, Braşov et Sibiu, ainsi que de l’édification de plus de 300 villages fortifiés, chefs d’œuvre de l’urbanisme européen médiéval.

Ouverte à l’occident, la Transylvanie reçoit l’influence de la réforme protestante tout en continuant les échanges économiques, culturels et politiques avec la Valachie et la Moldavie. Le règne de Michel le Brave (Mihai Viteazul), prince valaque, va même voir une réunion éphémère des trois territoires, en 1600.

En 1699, par le traité de Karlowitz, les ottomans cèdent la Transylvanie à l’empire des Habsbourg.

En Valachie et Moldavie, les ottomans désignent les princes qui épuisent les territoires dont ils ont la charge. Les campagnes régressent, et de nombreux paysans se réfugient en Transylvanie, Russie, voire au sud du Danube, au sein de l’empire ottoman, où la vie est plus supportable.

Certains « hospadars » (princes phanariotes désignés par les ottomans et originaires du quartier grec de Constantinople dénommé le « Phanar »), vont cependant tenter d’entreprendre des réformes, prémices au fondement d’un état moderne, d’autant plus que certaines élites phanariotes sont ouvertes aux idées des Lumières.

Dans ce contexte s’affirme la prise de conscience d’une identité roumaine dont les valeurs sont transmises par l’Eglise et les académies valaques, moldaves et transylvaines.

En 1774, le traité de Kütchük-Kaïnardji, en vertu duquel le tsar de Russie obtient la liberté de circulation sur la Mer Noire, révèle la faiblesse des ottomans et consacre la Russie comme la grande puissance régionale.

Cette longue histoire d’amour entre les pays roumains et la Russie sera renforcée en 1812 lorsqu’Alexandre Ier annexera la Bessarabie, vaste portion de la Moldavie.

La Bucovine, berceau historique de la Moldavie (c’est là que se trouvent de nombreux monastères) sera, elle, cédée en 1775 par les ottomans à l’Autriche et demeurera autrichienne jusqu’en 1918.

En 1829, le traité d’Andrinople fait passer la Moldavie et la Valachie sous influence russe. Pendant ce temps, la modernisation est en marche et le sentiment national roumain voit ses revendications se préciser : union des pays roumains et indépendance nationale, notamment.

Cependant, lorsque la flambée contestataire de 1848 traverse l’Europe et parvient en Roumanie, elle est vite réprimée par les russes et les ottomans co-suzerains.

jeudi 17 janvier 2008

De l'affirmation d'un sentiment national à l'union de la Valachie et de la Moldavie


Pendant ce temps, en Transylvanie, la population roumaine partage l’enthousiasme de la révolution hongroise de Kossuth qui embrase Vienne en mars 1848.

Mais la confiance s’écroule lorsque la Hongrie entend annexer la Transylvanie sans impliquer la population roumaine majoritaire, laquelle aspire depuis si longtemps à une reconnaissance de ses droits, politiques comme religieux.

Malgré les tentatives de mobilisation, la Transylvanie sera engloutie en 1867 au sein de l’empire austro-hongrois dans le royaume de Hongrie, qui opère une magyarisation forcée et inflige au peuple roumain un cortège de vexations enterrant tout espoir de cohabitation intelligente dans la région.

En 1859, une première unité roumaine sera réalisée, les assemblées de Moldavie et de Valachie élisant le même prince, Cuza, et l’union étant reconnue par les ottomans en 1861.

De la politique de cette union découlera la précipitation de l’autonomie de l’Eglise orthodoxe roumaine, événement de poids dans la constitution d’un sentiment national.

mercredi 16 janvier 2008

L'indépendance et une famille royale d'origine allemande



Après le renversement de Cuza en 1866, le progressiste Bratianu, qui s’était réfugié à Paris après 1848, se voit confier la mission de trouver un prince à placer au pouvoir.

Il réussit à convaincre Charles de Hohenzollern-Sigmaringen, un prussien de 27 ans, qui en 1866, est installé par l’assemblée à la tête des provinces unies de Moldavie et de Valachie.

Bien qu'il ne soit pas très grand, et un peu frêle, le prince Charles est un militaire parfait, en bonne santé et discipliné, et aussi un très bon politicien, avec des idées libérales. Il connait bien plusieurs langues européennes. Sa famille est très liée à la famille Bonaparte, et il a de très bonnes relations avec Napoléon III. La Roumanie est à ce moment sous l'influence de la culture française et la recommandation de Napoléon III vis-à-vis du prince Charles pesait un grand poids aux yeux des politiciens roumains de ce temps, outre ses liens de sang avec la famille des souverains prussiens. Le jeune Charles voyage incognito en chemin de fer, sous le nom de Karl Hettingen, sur la voie Düsseldorf-Bonn-Fribourg-Zurich-Vienne-Budapest, en raison de la situation conflictuelle entre le pays et l'Autriche-Hongrie. Arrivé sur le sol roumain, Bratianu s'incline devant lui et lui demande de rejoindre son attelage (à ce moment, la Roumanie n'a pas de voies de chemin de fer).

On a dit que le roi Charles avait une personnalité froide. Il était tout le temps préoccupé par le prestige de la dynastie qu'il avait fondée. Sa femme Élizabeth disait de lui qu'il « portait sa couronne au lit ». Il était très méticuleux et essayait d'imposer son style à tout son entourage. Malgré son dévouement à son travail de prince et roi roumain, il n'a jamais oublié ses racines allemandes.

En 48 ans de règne (le plus long règne qu'une principauté roumaine n'ait jamais connu), il travaille à ce que la Roumanie gagne son indépendance, il hausse son prestige, il participe au redressement de son économie, et il installe une dynastie. Il construit dans les Carpates, près de la frontière austro-hongroise (la Transylvanie appartient encore à l'Autriche-Hongrie), le château de Peleş (voir http://un-tour-en-transylvanie.blogspot.com/), construit dans un style allemand, comme un rappel des origines germaniques du roi.

La dépendance, même symbolique à présent, vis-à-vis de Constantinople, est devenue insupportable, et en 1876, Charles se range aux côtés de la Russie dans la guerre qui oppose l’empire des tsars à celui des sultans.

En 1878, le congrès de Berlin entérine l’indépendance de la Roumanie qui adopte en 1881 le drapeau tricolore bleu-jaune-rouge et dont Charles deviendra le premier roi, Carol Ier, le 22 mai 1881.

Après la proclamation du royaume en 1881, la question de la succession est très importante. Comme le frère du roi, Léopold, puis son neveu Guillaume, refusent la couronne, son second neveu, Ferdinand, un prince allemand, est nommé prince de Roumanie et héritier du trône. Élisabeth, la reine, épouse de Carol Ier, essaie d'influencer le tout jeune prince, qui vit maintenant à Sinaïa, pour qu'il épouse une amie intime, qui est aussi une écrivaine célèbre, Hélène Vacaresco. Selon la constitution roumaine toutefois, il est interdit au prince d'épouser une roumaine. À cause de cela, Élisabeth est exilée deux ans à Wied, jusqu'à ce que Ferdinand épouse la princesse Marie d'Édimbourg, petite-fille coté paternel de la reine Victoria du Royaume-Uni et petite-fille, côté maternel, du tsar Alexandre II de Russie.

Ferdinand Ier succèdera donc à son oncle Carol Ier en 1914. Se voyant promettre des avantages territoriaux par les deux camps en échange de son soutien au début de la première guerre mondiale, la Roumanie finit par se ranger du côté des alliés en août 1916.

Le pays fera donc partie du camp des vainqueurs le 11 novembre 1918.

mardi 15 janvier 2008

Naissance de la Grande Roumanie et deuxième guerre mondiale


Le 1er décembre de la même année 1918, la grande assemblée des roumains de Transylvanie et de Hongrie se réunit et vote à l’unanimité de ses 600 députés élus au suffrage universel et de 628 représentants d’institutions l’union à la Roumanie.

En 1919, la Roumanie signe les traités de St Germain et de Neuilly qui lui attribuent la Bucovine et le sud de la Dobrogea.

Le 4 juin 1920, par le traité de Trianon, signé au Grand Trianon à Versailles, la Hongrie cède la Transylvanie, la Crişana (partie ouest de la Roumanie actuelle), et le Banat (sud-ouest).

En Octobre, la Roumanie recevra également la Bessarabie.

La Grande Roumanie, dont la superficie comme la population se voient doublées, est née.

Le roi Ferdinand Ier et la reine Marie sont sacrés souverains de la Grande Roumanie en 1922.

A la mort du roi Ferdinand, en 1927, le trône reviendra à son petit-fils, Michel, âgé de 6 ans.

En effet, le père de ce dernier, le prince héritier Carol, s’était illustré par ses frasques dès 1918, 9 ans plus tôt, lorsqu’il se cacha à Odessa pour épouser une certaine Zizi Lambrino, dont il eut un fils en 1920. Le palais royal refusa cette liaison et fit annuler le mariage. Carol se soumit alors et épousa, conformément au choix de ses parents, Hélène de Grèce, qui lui donnera un fils, Michel en 1921. Mais un nouveau scandale va éclater lorsque Carol s’éprend d’Elena Lupescu-Wolf, petite-fille d’un rabbin de Bessarabie. A Paris, où se réfugient les amants, il fera savoir à son père le roi Ferdinand qu’il renonce au trône. C’est ainsi que lorsque celui s’éteindra, en 1927, la couronne passe directement à son petit-fils, fils de Carol et d’Hélène de Grèce, le prince Michel, qui devient roi à l’âge de 6 ans.

Carol reviendra toutefois d’exil 3 ans plus tard, et récupérera le trône, devenant le roi Carol II. Il imposera sa maîtresse Elena Lupescu, et la reine Hélène devra partir…

Le roi Carol II contribuera à l’essor du pays, qui connaît un développement sans précédent durant les années 30, mais son règne finira par encourager la corruption politique et fera perdre sa crédibilité au système démocratique. Le roi, se rapprochant du mouvement légionnaire contrôlé par le IIIe Reich, fait alors progressivement basculer le pays dans la dictature.

En 1939, la Roumanie proclamera tout d’abord sa neutralité dans la seconde guerre mondiale, mais, sous la pression germano-soviétique, finira par céder, en 1940, à l’U.R.S.S., la Bessarabie et la Bucovine septentrionale, à la Hongrie le nord de la Transylvanie, et à la Bulgarie, le sud de la Dobrodja.

La même année, à la suite d’un coup d’état du Général Antonescu, Carol II abdique en faveur de son fils le roi Michel, qui monte sur le trône pour la deuxième fois, à l’âge de 19 ans.

La Roumanie, en l’absence de soutien de la part des pays occidentaux, va lier son sort à l’Allemagne nazie, plaçant son économie entière sous la direction des allemands, ce qui conduisit le pays à une situation politique et économique catastrophique.

Le pays finira par entrer en guerre le 22 juin 1941, aux côtés de l’Allemagne, contre l’union soviétique, puis contre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis.

Mais la bataille de Stalingrad, en septembre 1942- février 1943, au cours de laquelle l’armée roumaine, insuffisamment appuyée par les allemands, enregistra des pertes humaines et matérielles importantes, marque le début d’un mouvement d’opposition clandestine, mouvement qui organisera, en août 1944, l’insurrection de Bucarest, lorsque l’armée soviétique entra par la force dans la capitale.

Le roi Michel, voulant se joindre aux Alliés, fera arrêter le Général Antonescu, et renversera la dictature, avant de déclarer la guerre à l’Allemagne et à la Hongrie.

Par le traité de Paris de 1947, la Roumanie regagnera la Transylvanie, mais devra céder la Bessarabie et le nord de la Bucovine à l’union soviétique.

Un gouvernement pro-soviétique sera installé en 1945.

Le roi Michel essaiera en vain d’écarter les communistes mais, malgré le soutien populaire, il sera obligé d’abdiquer en décembre 1947 et de s’exiler.

lundi 14 janvier 2008

Les débuts du communisme et l'ère Ceaucescu


Le roi Michel essaiera en vain d’écarter les communistes mais, malgré le soutien populaire, il sera obligé d’abdiquer en décembre 1947 et de s’exiler.

Le pouvoir communiste s’installe alors par la force et proclame la République populaire de Roumanie, un pays complètement soviétisé.

Le parti ouvrier roumain imposera le principe du centralisme étatique : nationalisation du secteur privé de l’économie, collectivisation de l’agriculture, planification étatique de l’économie, industrialisation imposée, ouverture de camps de travail et de prisons…

La répression est très lourde à l’égard des intellectuels, des représentants de l’ancienne démocratie et de tous les opposants réels ou potentiels qui sont exterminés. La propagande soviétique se répand.

A la mort de Staline, en 1953, le premier secrétaire du parti ouvrier et président du conseil des ministres, Gheorghe Gheorghiu-Dej, devint, avec l’aide de Moscou, chef de l’état.

Il prend cependant vite ses distances avec Moscou pour se rapprocher de la Chine et entreprend une politique de destalinisation.

Il souhaite une ouverture internationale, mais la Roumanie reste malgré tout bien ancrée dans la sphère soviétique.

A sa mort, en 1965, Nicolae Ceaucescu, 37 ans, est coopté comme premier secrétaire du parti des travailleurs de Roumanie. Il rebaptise son pays la « République socialiste de Roumanie » et consolide sa position en se faisant élire, en 1967, en plus, comme président du conseil d'état.

Sa popularité dans les milieux de gauche européens est alors assez importante, en raison de sa politique indépendante à l'égard des dirigeants soviétiques. A l’intérieur du pays, l’ordre, la sécurité, et un niveau de vie acceptable par rapport à l’époque antérieure, entretiennent chez la population une certaine confiance.

Mais les premiers signes de dictature vont rapidement se faire sentir.

Dès 1966, projetant de porter à 30 millions la population roumaine en l’an 2000, Ceaucescu fait interdire l’avortement, la contraception et impose de sévères restrictions aux modalités du divorce.

Créant en 1974 le poste de président de la République, qu’il s’accorde, celui qui se surnomme le « génie des Carpates » ou le « Conducator » (soit le "guide" en roumain) et son épouse Elena, prétendument chercheur universitaire de haut niveau, directrice de l'Institut de recherche chimique, membre de l'Académie des Sciences roumaine et docteur honoris causa de très nombreuses universités à travers le monde (elle n'avait en réalité suivi que deux classes primaires), nommée par son mari n°2 du gouvernement, disposent d’un pouvoir absolu, et vont instaurer une dictature personnelle sans précédent.

L'historiographie roumaine de l'époque communiste le comparait d'ailleurs régulièrement avec les grands héros nationaux du passé.

Ces excès conduisirent le peintre Salvador Dalí à envoyer un télégramme de félicitations au conducător. Le quotidien du parti communiste Scînteia (L'étincelle), sans percevoir l'ironie de la démarche du peintre surréaliste, publia le texte du message dans ses colonnes, croyant y voir un témoignage de la gloire universelle du leader roumain.

Avec la « securitate », service de renseignements qui surveille les gens sur leurs lieux de travail et dans leur vie privée, les époux Ceaucescu mettent en place le régime communiste le plus sévère des pays de l’Est et mènent le pays à l’isolement international.

En 1972, Ceauşescu institue un programme de systématisation, inspiré des écrits d'Engels sur la réduction des différences ville-campagne. Conçue comme une manière de construire une société socialiste multilatéralement développée, cette ambitieuse politique se traduit par de nombreux bouleversements dans toute la Roumanie, et en particulier par la démolition systématique de nombreux villages, avec déplacement de la population dans des petites structures urbaines, souvent sans même attendre l'achèvement des programmes de construction.

A la fin des années 1970, Ceaucescu impose à la population un programme d’austérité destiné à rembourser la dette extérieure du pays en 3 ans : l’exportation est fortement augmentée, tandis que les importations sont bloquées.

Parallèlement, un programme scientifique de nutrition est mis en place, visant à rationner la population, grâce à des tickets de rationnement alimentaires.

Les projets pharaoniques (notamment le palais du peuple, à Bucarest, deuxième bâtiment au monde par sa superficie après le Pentagone !), à la gloire du parti et la propagande intensive contrastent avec la misère de la population qui n’est plus dupe depuis longtemps, mais craint la répression radicale immédiatement exercé par le régime à l’encontre de tout opposant, grâce à un véritable réseau d’informateurs.


samedi 12 janvier 2008

Le début de la révolution de 1989 et la vidéo de Ceaucescu sifflé pour la première fois


Le régime de Ceauşescu s'effondra après avoir ordonné aux forces armées et à la Securitate d'ouvrir le feu sur les manifestants anti-communistes dans la ville de Timişoara le 17 décembre 1989. Les manifestations faisaient suite à la tentative d'expulsion, par le régime, du pasteur hongrois László Tőkés. La rébellion se propagea à Bucarest, probablement aiguillonnée par la décision peu opportune de Ceauşescu d'y organiser le 21 décembre 1989 un rassemblement de masse, censé confirmer le soutien populaire au régime. La manifestation, diffusée en direct à la télévision, se transforma en une démonstration massive de protestation contre le régime. Huit minutes après le début du discours de Ceauşescu la foule crie « Timişoara » et Ceauşescu interrompt son discours avec inquiétude alors que la transmission télévisée est coupée. C'est un moment symboliquement historique car marquer ouvertement son mécontentement en plein meeting face à un haut chef communiste, le président de surcroît, était totalement inconcevable à cette époque. Les caméras officielles cessent alors de filmer le président et filment en plan fixe les immeubles de la place et des coins de ciel, tandis que Ceaucescu se met à dire à la foule : "a-lo! a-lo! a-lo! Alo, attendez tranquillement, chacun à sa place! a-lo! a-lo!", avant de reprendre la parole après quelques minutes pour promettre, effrayé, une augmentation des salaires totalement improvisée :